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CLARIKA , JOKER TOUR, ça se termine........
C’est la der des der de la tournée... Après le Divan du Monde, la Cigale, l’Olympia, La Rochelle, Bourges, Marseille, Toulouse, Nantes, Bordeaux, Clermont-Ferrand, Montauban, Saint Etienne, Tunis, Lille, Spa, Nancy, Guinguamps, Lignières, Deauville, Strasbourg, Troyes, Rennes, Bruxelles, Reims, Rouen... et tant d’autres charmantes bourgades de l’Hexagone....
Venez pleurer et chanter avec nous la fin de cette belle histoire ( et le début d’une autre...)...
C ‘est au Plan à Ris Orangis le samedi 15 décembre à 20h30 , il y a Gérald Genty et Gaya en première partie, et voilà ...
A bientôt...
Le Plan?
1 rue Rory Gallagher
91130 Ris Orangis
?tél. 01.69.02.09.19 - ?fax. 01 69 43 19 19?
e-mail : [email protected]
Tarifs : 19/13 euros
JOKEUSE DE CHARME
par Marie Nimier
Nous nous sommes rencontrées il y a quelques années dans les vestiaires des garçons. Elle était déguisée en porte-savon, et moi en gel douche : ça crée des liens. On a parlé damour, ceci, cela, du passé, de lenfance, de quoi nous sommes fabriquées.
À lécouter, lexistence de Clarika commence au milieu des années 70 en Haute-Savoie. Elle joue du fifre dans lharmonie municipale dAnnemasse. 14 juillet, 11 novembre, souvenirs émus des tournées en autocar. Naissance dune passion ("à la maison, on chantait aussi beaucoup"). De sa naissance à Boulogne-Billancourt quelques années plus tôt, elle ne dit rien. À sa mère, prof de lettres qui lemmenait voir les concerts de Joan Baez, elle na jamais osé avouer son désir secret : entrer chez les majorettes ("Lharmonie, cétait pas son truc, mais au moins on apprenait le solfège. Les majorettes, non, là , vraiment, je nosais pas lui demander"). De son père, on la sent très proche. Son père, poète hongrois, réfugié politique activiste, contraint à lexil en 1956. Une place de sa ville natale porte son nom : Istvan Keszei.
De mémoire de fille, Clarika a toujours rêvé dêtre vedette.
Cest dans cette intention quelle monte à Paris. En vrac : elle répond aux petites annonces de Rock and Folk (Groupe cherche chanteuse), suit des cours de théâtre, sinscrit à hypokhâgne et à des cours de chant, passe sa licence de lettres pour rassurer "maman". De cette époque, elle dit : "Jai appris ce que je ne voulais pas faire."
Et puis parmi les cartes qui se présentent, elle tire le Joker. Son atchik atchik atchik aïe aïe aïe, son collector, sa faune, sa flore - celui qui lui fera ses enfants et ses musiques, "Mon Rné à moi" comme elle aime à le confier à son public avec un sourire en coin en imitant laccent canadien.
Il sappelle Jean-Jacques Nyssen, cest un fou de chansons, il connaît tout et chante lui aussi. Il lencourage à écrire des textes. Dix ans et quatre albums plus tard, ils poursuivent leur chemin avec grâce et détermination. Quatre albums, deux duos (lun avec Michel Jonasz, lOcéan des possibles, le second avec Lavilliers, Non, ça speut pas) et surtout beaucoup de concerts : La Cigale, Les Franco où Clarika a "sa" soirée, lEuropéen, le Bataclan à Paris, mais aussi à Pékin en première partie dune rock star dissidente ou sur le plateau dune télé albanaise pour une émission en direct de quatre heures, avec une Mercedes à gagner, et JJN derrière ses lunettes noires (et son clavier).
En résumé, sur scène, Clarika est chez elle.
Et chez elle aussi, elle est chez elle, avec sa vue imprenable sur Paris, son Vénilia façon cathédrale collé en bas des baies vitrées et ses deux petites filles qui jouent de la batterie en plastique et de la guitare à piles (sans pile). La même sur les planches et sur son balcon, pas un personnage, non, une personne, une belle personne. Tendre et curieuse. Intimidante parfois, avec son il qui frise et sa frange Playmobil. Elle ne joue pas : elle chante avec ce mélange de ferveur et de malice qui la caractérise. Sa voix est aussi claire que son prénom. Sa diction parfaite, un cadeau pour nous qui lécoutons. Elle ne se cache pas derrière les mots, aucune phrase nest négligée, aucune posée au hasard. Et pourtant des mots, Clarika sen amuse, faisant rimer sans sourciller Hiroshima mon amour avec la foire des vins à Carrefour. Les dictionnaires se télescopent. Les temps. Le langage de la rue et la langue des livres. Avec la même liberté, elle épingle les comportements de sa génération sans jamais sen exclure, et cest cela peut-être la beauté de son travail : jamais elle ne juge, jamais elle ne condamne, et si elle rit, cest aussi bien delle-même. Elle y croit. Même quand elle reprend une version française du tube de la Boum, elle y croit. Sinon ça ne vaudrait pas la peine.
Joker est un album à double-fond.
Un carré das à la réalisation : Stuart Bruce (dont Clarika a adoré le travail de son sur les albums de Shusheela Raman), Philippe Desbois, Xavier Tribolet (musiciens, arrangeurs, compagnons de route), et Jean-Jacques Nyssen (compositeur, arrangeur, as de coeur).
Ce dernier signe l'essentiel des musiques avec la participation ici ou là de Florent Marchet (Je taimais mieux), Hugo Renard (Les patineurs), Art Mengo (De quoi cest fait).
Lalbum reprend les thèmes chers à Clarika en creusant le sillon intime, acoustique, « joué en vrai », au plus près de ce que la chanson a de mieux à nous offrir : une façon de réenchanter le monde, mine de rien, comme en passant. On sapproche du cur. La gorge se serre. Lémotion est là , juste derrière le rire, les allitérations fines, les paradoxes et autres images délicieusement cruelles. Violons, flûte, clarinette... lémotion, sans pathos ni trémolos superflus. Mais la voix tremble, pourtant, à lévocation des patineurs qui gravent des curs sur la glace. Luth, mandoline, guitares, guitare On sent le grain en transparence, la fragilité de tout ça. De ce métier déquilibriste. Cest cette fragilité que nous aimons, derrière les images dEpinal, celle des contes de fées et des magazines féminins, cette simplicité aussi, ce côté fleur bleue, car il faut oser chanter ça, à la première personne, pour retourner comme une crêpe les clichés et comprendre quil y a en eux des choses qui nous touchent plus que de raison.
Le château de Clarika est en carton, comme dans la comptine, ses escaliers sont en papier et ses curs raccommodés avec de jolis fils dorés. Ses murs sont des cartes à jouer où lon peut voir se dédoubler les figures attachantes de ses héros dun jour :
Patricia linfirmière qui aime bien les gens,
lhomme qui peut lui demander nimporte quoi, se tatouer le drapeau Belge sur la poitrine, sortir avec Julien Courbet si ça le fait kiffer, nimporte quoi sauf sa main (puisquil la déjà ),
lamant allongé dans son cercueil (celui quelle aimait mieux quand il était mort, ah oui, cétait bath, cétait tranquille),
la fille de lair et la sirène bimbo au vernis vert deau,
celle qui ment, elle vous le jure, sur la Torah, sur le Coran, parce que la vie, comme elle est, elle est tellement fade ...
et puis, last but not the least, le grand seigneur des à la traîne : lavant-dernier, le deuxième en partant de la fin, celui qui ne brille jamais assez au firmament des moins que rien.
Et qui sera le dernier ? Qui vais-je tirer ? Qui vais-je tirer ?